Patrice Talon décrit la voracité des politiciens, fossoyeurs de l’économie béninoise

Patrice Talon, réélu pour un deuxième mandat au Bénin, était l’invité de Christophe Boibouvier de Rfi et de Marc Perelman de France 24, vendredi 30 avril. « Plus de 60 ans après notre indépendance et plus de 30 ans après le renouveau démocratique, que le Bénin n’a réussi à donner aucun signe de développement. » a déclaré le président Béninois pour décrire le type de « façade de démocratie » qui a caractérisé la gestion du pays.

Avant et après le scrutin présidentiel du 11 avril 2021 au Bénin, des arrestations tous azimuts d’opposants ont été enregistrées dans le pays. Sur les médias français Rfi et de France 24, Patrice Talon est revenu sur cette situation préoccupante qui a suscité de nombreuses réactions à l’intérieur comme à l’extérieur du Bénin.

Ces réactions évoquent notamment un recul démocratique d’un pays considéré comme un modèle démocratique en Afrique de l’Ouest. Mais, pour le président béninois, ce n’est qu’une « façade de démocratie » sous laquelle un pillage systématique et généralisé de l’économie béninoise était orchestré.

Aucun signe de développement en 30 ans de renouveau démocratique

« On peut constater aujourd’hui, que plus de 60 ans après notre indépendance et plus de 30 ans après le renouveau démocratique, que le Bénin n’a réussi à donner aucun signe de développement. L’essentiel nécessaire à la survie continue de manquer à la majorité de nos concitoyens. Moins de la moitié des béninois avait accès à l’eau potable en 2016 au moment ou j’ai accédé à la fonction. L’électricité, n’en parlons pas. » a indiqué le président Béninois en répondant à Christophe Boibouvier de Rfi sur le recul démocratique qu’évoquent certains acteurs politiques.

« Le Bénin ne connaît l’électricité que par épisode et encore dans quelle qualité ? Le pays n’est pas du tout couvert, les routes et les pistes n’en parlons pas. Le peu qui a été réalisé dans les 60 ans, est mal réalisé et mal entretenu. Les infrastructures marchandes, sportives, culturelles et consorts, rien du tout. L’école, c’est une catastrophe, la santé pareille.

Il n’y a pas un seul domaine, un seul secteur dans lequel le Bénin a pu donner le moindre signe d’un pays qui progresse, qui se prend en charge et qui essaie de répondre aux besoins de ses concitoyens. » a continué Patrice Talon, qui s’est offert un deuxième mandat avec 86 % des voix, dès le premier tour de l’élection présidentielle du 11 avril 2021.

Le Bénin, otage de la classe politique

« En 2016, le constat est catastrophique. Mais, cela n’est pas du fait des béninois pris individuellement. Tout le monde sait que les béninois sont travailleurs, sérieux, pris individuellement. Tout le monde sait également que cet état de choses est essentiellement du à la qualité de la gouvernance. Ce qui est du à nos gouvernants qui sont devenus au fil du temps des prédateurs de leur pays, malheureusement à l’instar de beaucoup de pays africains.

Mon pays le Bénin était devenu l’otage de la classe politique faite de toutes sortes d’individus, y compris même des trafiquants de drogues. » a déclaré Patrice Talon, invité de Christophe Boibouvier de Rfi et de Marc Perelman de France 24, vendredi 30 avril 2021.

Les partis politiques, couteaux pour prendre sa part du gâteau

« En 2013, il y avait déjà près de 300 partis politiques. Créé un parti politique est devenu le moyen de prendre sa part du gâteau. Les partis politiques sont devenus le couteau avec lequel chacun vient prendre sa part du gâteau et la préserver. » a indiqué le magnat du coton.

Et de poursuivre « dans ces conditions, on n’a pu observer, derrière cette façade de démocratie, que le pays était coupé en morceaux, réparti entre les acteurs politiques. Je l’ai constaté en 2016, pour tel parti politique, c’est tel régie financière, c’est la douane, pour tel autre, c’est la direction des impôts, pour tel autre, c’est telle recette douanière de telle frontière. Pour tel autre, c’est telle entreprise, c’est le port, c’est ceci … Le pays était coupé en morceaux , réparti entre acteurs politiques et c’était la règle.

« Un président élu qui prend fonction à l’obligation de préserver le système afin que chacun ait sa part. A la limite, il peut faire de petits réajustements, redistribuer certaines cartes aux uns et aux autres pour avoir la paix politique. Au parlement, vous le savez très bien, cela caractérisait le Bénin, que pour voter les lois, c’est des valises d’argent que le régime en place envoie au parlement. Une situation burlesque qui a fini par enfoncer davantage le Bénin dans la misère. » a constaté le président béninois.

« Les acteurs politiques, fort du pillage organisé du pays, pouvait donc à chaque élection entretenir les électeurs par des présents, des T-shirts, des sacs de riz, de l’argent. Ce qui fait que les béninois, tous dans la misère manquant de tout, manquant d’eau , d’électricité, de pistes rurales, de routes , d’écoles, de santé, se contentent du peu qu’on leur donne. Et c’est devenu la belle démocratie du Bénin. Cette démocratie qui, après les réformes, a paru avoir disparu. Si c’est celle là que les réformes ont fait disparaître, alors chapeau pour le Bénin. » a conclu le président sur cette question de recul de démocratie.

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