[Opinion] La CENA, ce dédale !

La Commission électorale nationale autonome vautrée dans sa propre merde ! Il faut avoir perdu l’odorat pour ne pas sentir les forts effluves nauséeux qui s’en dégagent ces mois-ci. Avril 2021, la CENA de son président M. Emmanuel Tiando s’est surclassée dans l’abracadabrantesque. Oh dénorme ! Aurait lâché un certain opérateur économique, (ex ?) deuxième fortune du Bénin, empêtré depuis des mois, dans une toile d’infortunes suscitées pour son grand déplaisir.

Les Béninois, épris d’honneur et de respect pour leur patrie, avaient détesté voir la CENA dans ses basses œuvres, de la veille au lendemain des élections législatives en 2019, lorsqu’elle déterminait le taux de participation uniquement à partir du suffrage valablement exprimé ou lorsqu’elle minorait et majorait les fautes dans les dossiers de candidatures – selon que les candidats venaient de la gauche, du centre ou de la droite – afin de n’en retenir que les candidats d’un seul camp politique : celui du Chef de l’Etat.

Ceux d’entre nous, qui avaient pensé que c’était le comble, ont déchanté mardi, en regardant M. Tiando et sa colistière, vice-présidente de la CENA, publier les tendances globales de l’élection présidentielle, organisée le 11 avril dans le chaos et l’indifférence des Béninois.

« C’était gros et redondant. »

A l’image des deux scrutins précédents, tout se jouait autour du taux de participation, force étant de noter que, dans les faits, le président de la République n’avait pas de challenger et que sa réélection était assurée dès qu’il avait posé sa candidature. Tout de même, être réélu sur fond d’abstention massive serait insupportable. Alors, il faut ‘‘consolider’’ ce chiffre déterminant. Sinon, à quoi serviraient la Commission électorale et la Cour constitutionnelle ? La première a donc arrêté le taux de participation au vote de dimanche à 50,17%, la seconde attend d’entrer en scène.

A titre comparatif, au premier tour de la présidentielle en 2016 mise en œuvre par la même CENA animée par les mêmes acteurs qu’actuellement, le taux de participation s’était élevé à 66%. Il s’était ensuite effrité de deux petits points au second tour, pour descendre à 64%. Or tout le monde – voix favorables aux pouvoir en place, voix contestataires et voix neutres – s’accordent à reconnaître que la présidentielle de 2021 est très loin derrière celle d’il y a cinq ans, en termes d’engouement et de mobilisation des électeurs. C’est sur l’identification des facteurs de l’abstention que portent les divergences.

Pendant que les gens du pouvoir mettent cela sur le compte de la peur instillée dans les esprits, les opposants en tirent le succès de leur appel au boycott du scrutin. Le citoyen non encarté que je suis, estime qu’il s’agit d’une expression, à la fois, de ras-le-bol et d’apathie de la part des électeurs. Le manque d’entrain unanimement relevé chez les Béninois traduit leur dédain pour la manière dont le processus électoral a été conduit. L’effet dissuasif de la peur qui se serait emparé d’eux, est dérisoire.

Le vote a duré neuf heures. S’il y en a eu qui craignaient de se rendre aux urnes à l’ouverture des bureaux de vote, ils ont eu largement le temps d’être rassurés, à la mi-journée ou dans l’après-midi, par le calme plat qui régnait du côté des isoloirs. Un calme de cimetière que même les votes multiples et les bourrages d’urnes ostensibles ne peuvent trahir. Alain Orounla, porte-parole du gouvernement et du Chef de l’Etat, a beau rejeter sur France 24, les constats de faible affluence rapportés par les observateurs de la CEDEAO ou de la Francophonie, le chiffre de 50,17% avancé par Emmanuel Tiando, président de la Commission électorale, sonne tel un canular.

Le taux de participation à une élection s’obtient en multipliant le nombre de votants par cent et en divisant le tout par le nombre total d’inscrits. C’est une règle universelle. Ce n’est pas parce qu’un arrondissement n’a pas été en mesure d’abriter les opérations de vote que les électeurs de cet arrondissement cessent d’être inscrits sur la liste électorale. Ce sont des éléments que l’on verse à l’analyse post-électorale et à la compréhension de certains indicateurs. Voilà que, pour gaver le taux de participation à la présidentielle du 11 avril, la CENA de Tiando considère que les électeurs des arrondissements où le scrutin n’a pu se dérouler, ne font pas partie du nombre total d’inscrits. Soit 156.000 électeurs exclus du calcul du taux de participation.

Ce qu’enseignent les 50,17%, c’est qu’il y a eu dimanche dernier, deux fois plus d’électeurs aux urnes qu’aux législatives d’avril 2019, d’après la CENA alors que l’ambiance a été encore plus morose cette année que lors de l’élection des députés. 50,17%, c’est aussi deux fois l’estimation établie à la clôture du vote, par la plateforme électorale des Organisations de la Société Civile qui, depuis plusieurs élections, envoie des centaines d’observateurs sillonner le pays et met à la disposition de l’opinion, des chiffres et des appréciations dont la fiabilité n’a jamais été mise en doute. Sauf hier, par Emmanuel Tiando.

Car, pour une fois, l’écart est abyssal entre le taux de participation rendu public par la plateforme des OSC et qui est proche de ce que nous avons tous remarqué sur le terrain, et le taux défini par la Commission électorale. M. Tiando donnait même l’impression que la plateforme sortait de nulle part et c’est seulement après avoir livré ses grandes tendances du scrutin, qu’il a cru utile de l’inviter à une confrontation des données en vue de lever toute équivoque. Qu’est-ce qui l’empêchait de tenir cette séance conjointe avec les Organisations de la Société Civile en amont de la publication des tendances globales ?

Qu’est-ce qui l’empêchait de boucler les enquêtes dont il dit avoir pris l’initiative concernant les fraudes et les bourrages d’urnes signalés, avant de publier ses chiffres, d’autant qu’au fond, il ne s’agit plus de savoir s’il y a eu bourrages d’urnes mais plutôt d’en confirmer l’état civil des auteurs et de déterminer les arrondissements dans lesquels l’ignominie a été orchestrée ? Les enregistrements audios et vidéos des fraudes continuent d’ailleurs de tomber.

C’est d’ampleur pandémique. M. Tiando reviendra-t-il devant la presse avec de nouveaux chiffres à la fin de ses investigations ? Si oui, quand ? Avant ou après la proclamation des résultats par la Cour constitutionnelle ? Que croit-il qu’il s’est passé entre-temps lorsqu’il annonce dimanche que le scrutin n’a pas eu lieu dans seize arrondissements puis déclare, quarante-huit heure plus tard, s’être rendu compte, après réception des cantines et dépouillement, que ce sont plutôt treize arrondissements qui sont concernés ?

Sur quelle base avait-il annoncé les seize arrondissements ? Par quel miracle, trois arrondissements sur les seize ont finalement convoyé des documents vers la CENA ? A son avis, qui a consigné quoi sur ces documents ?

Je rêve de voir la Cour constitutionnelle mettre les choses à plat, corriger le tir, dégraisser le fameux taux de participation pour lui faire assumer sa dégaine rachitique. Je rêve.

Par DGK

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